Simples casseurs ou révolte en marche ?

article poitiersPoitiers !  Bourgade tranquille de 91 000 habitants, situé en plein centre du Poitou-Charentes, a été la cible, samedi 10 octobre, d’une manifestation de violence que l’on avait pas connu depuis fort longtemps. Organisée à l’origine par un collectif « anti-carcéral » et se déroulant sous la forme d’un festival culturel, la manifestation a changé de rythme et d’objectif à une allure qui a surpris élus locaux et police alors que 200 à 300 manifestants cagoulés et masqués ont fait irruption au centre ville. Succursales bancaires, mutuelles et compagnie d’assurance taguées, magasin de la société Bouygues endommagé, panneaux publicitaires brisés … Sans compter tous les graffitis à message purement politique éparpillés sur les environs de la place du marché. Notez qu’aucun de ces messages n’a été retranscrit dans la presse, ou bien même commenter. Par contre, on nous a rabâché dans tous les grands quotidiens que ces fauteurs de troubles avaient osé toucher à l’un des plus vieux monuments chrétien de France. Cherchez donc la population visée et qui réagira immédiatement à cette annonce de destruction. Nous avons tout de même retrouvé pour vous quelques messages avant leurs passages par l’arme favorite du monarque, grâce au caméra de France3 Poitou-Charentes. « Nous détruirons votre monde morbide. », « guerre sociale », « Etat terroriste », « On va faire du lèche vitrine ». Et pour finir, « Argent gratuit », tagué sur le bâtiment de la BNP Paribas à la vitrine remplie d’impact en tout genre. Vous interpréterez ce dernier comme vous le souhaiterez. Au total, 19 commerces ont été touchés, ce qui est bien loin du saccage entier du centre ville comme on nous l’avait annoncé. Un seul commerce a due fermer provisoirement pour cause de réparation, aucun dommage sur l’économie locale, pas de chômage technique. Les assurances remboursent les dégâts.

En d’autres mots, ce qu’il s’est passé à Poitiers, s’apparente bien plus à une manifestation contre le capitalisme, plutôt violente certes, qu’à une simple descente de casseur et d’émeutier.

Réaction presque immédiate du ministre de l’intérieur. Ce sont des militants d’ultra-gauche qui auraient fait le coup. Non, ce n’est pas sérieux? Allons. L’ultra-gauche la fameuse ultra-gauche devrait-on dire. Rappelez-vous, celle-la même qui se dit anarchiste autonome, qui tente de faire dérailler les voies de chemin de fer, et qui ose reprendre une épicerie à Tarnac. ( définition qui pourrait être celle officielle du gouvernement ). Celle qui fait peur, historiquement inorganisée et qui cette fois semble prendre un nouveau visage. Car oui, dans le cas de Poitiers, les actions clandestines ont été préparées, méticuleusement travaillées. Tracts expliquant comment se défaire de la police, plan de Poitiers, abandon des masques sur place, manifestants « formés pour ce genre de combat de rue » même selon le préfet de la Vienne.

J’ai souhaité vous faire partager un extrait d’un commentaire sur cette affaire de Jean Guisnel, journaliste au Point et spécialiste des questions militaires et de renseignement, propos que l’on retrouve sur le journal Le Télégramme.

« Ces jeunes en rupture de toute organisation identifiée, qui ne se reconnaissent même pas dans les traditionnels mouvements d’extrême-gauche institutionnalisés, sont, par définition, marginalisés. Ils paraissent ne pas savoir exprimer d’autre sentiment que la révolte, ne se donnent aucun leader visible, s’enfermant du même coup dans une rupture stérile, car incompréhensible et sectaire. »

Entrons plus profondément dans le cliché voulez-vous. Brice Hortefeux s’embarque sur le même bateau et demande au préfet de « recenser les squats qui sont susceptibles d’accueillir ces militants d’ultragauche».

C’est donc, en résumé, une jeunesse marginalisée, sans porte parole et adepte des logements abandonnés. Conclusion hâtive? Pensez-vous …

Des dix-huit personnes interpellés, trois écopent de peines de prison ferme. Les deux premiers sont âgés de 18 ans, et le dernier est un tout « jeune » homme de 51 ans. Sans doute atteint du syndrome de « Peter pan » pour ainsi donner raison à cette définition.

Mais la vraie réussite et  grande fierté du gouvernement, c’est la révélation presque immédiate de l’existence de la petite soeur d’edvige, qui attendait patiemment un événement de ce type pour revenir à la surface. Evidge n’avait pas la côte, changeons son prénom, et arrondissons légèrement les bords qui dérangeaient.

Le fichage, c’est la ( leur ) solution. Mettre chaque Français, adulte ou mineur de plus de 13 ans, dans une case. Un moyen de contrôler la jeunesse qui est loin d’être en accord avec ce qu’on lui met sous le nez, où même ailleurs.

Au final ce que l’on peut retenir de la manifestation de Poitiers se résume à quelques dégâts matériels et physiques, une première dans l’organisation de ce genre d’action, mais surtout l’apparition instantanée de lois sécuritaires abaissant encore un peu plus la liberté des individus. La recette ? Utiliser un évènement de ce type, avec un bon coup de pouce des médias, et hop, les mesures deviennent justifiées, sans discussion préalable. Pourquoi ne pas en avoir parler depuis un an?

Au delà du tintouin médiatique, il est essentiel que les pouvoirs publics, ministre, partenaires sociaux et partis politiques s’interrogent sur les motivations réelles de toutes ces personnes qui, l’espace d’un instant, ont montré ce qu’ils pensaient de ce monde.

Ne sont-ils pas la démonstration que le malaise social s’en va en grandissant, tendant, pour une minorité, vers une logique d’affrontement et de destruction quand le dialogue et les mesures ne mènent à rien ?

Non, à côté de ça, on préfère lancer le débat sur l’identité nationale. Retour au vieux démon qui font gagner les élections.

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