Le pouvoir fait-il l’histoire ?

histoire

La chapelle en Vercors, haut lieu de la Résistance de la Seconde guerre mondiale, garde encore le souvenir des plaintes des fusillés rompant le calme de cette paisible bourgade de montagne. Village de mémoire, terre chargée d’histoire et de sang de jeunes Français. Comme tant d’autres.

C’est aussi un terrain politique de premier ordre choisi par Nicolas Sarkozy pour se prononcer sur sa vision de l’identité nationale et des valeurs de la France. Rappelons que le débat sur l’identité nationale est toujours en cours et que la vision du chef de l’Etat risque de devenir la version officielle des fameux débats terminant en janvier.

Prononçant ce discours le 12 novembre, et après s’être recueilli devant le mur des fusillés, il nous offre un discours débutant sur un hommage aux résistants de 1944 et leurs dévouements pour la France, « leur patrie ». S’enchaînent alors les allusions au courage, à l’honneur de ces combattants, laissant entendre une unité, pourtant contestée par les historiens, sur leur vision de la nation. Il me semble que le développement qu’il nous apporte alors n’est pas réellement d’ordre politique mais historique. Le terme « histoire » est d’ailleurs utilisé à treize reprises dans le discours. Nicolas Sarkozy n’hésite pas à associer ces résistants, aux combattants de l’An II, deux époques, deux combats, deux contextes différents. En simplifiant aux maximum, ces aspects pourtant primordiaux ne semblent avoir aucun intérêt, ils se battaient pour la France et c’est ce qui doit rester dans l’imaginaire collectif.

Tous les faits et personnages historiques rappelés par le président de la République se rapportent, en bref, à des faits héroïques et glorieux, ou l’honneur de la France est sauve. Je ne vais pas vous citer toutes les allusions de N.Sarkozy à l’histoire de France, tellement son discours en est truffé et pas vraiment de manière objective. Vous pouvez le retrouver sur le site de l’Elysée et vous rendre compte vous même de l’énormité de l’appropriation de l’histoire à des fins politiques. Mais, la France, c’est aussi la colonisation, l’impérialisme et les massacres des guerres napoléoniennes, de la Saint-Barthélemy, de la Commune, Vichy et j’en passe. Des faits avérés, horribles qu’il faut pouvoir assumer et qui font partie de notre Histoire. Il en va de même pour les poilus, demandez vous donc ce qu’un ancien soldat de 14-18 aurait pensé en 1920 de l’honneur d’avoir servi la France dans la boue des tranchées. Tout comme le soldat de la guerre d’Algérie, témoin et acteur, volontaire ou non des atrocités commises au nom de la France, celui-ci peut d’ailleurs encore vous en glisser deux mots. Pourquoi le président de la république n’en parle-t-il pas? C’est aussi dans la défaite, dans la reconstruction, dans la terreur que la culture France s’est forgée. Chacun doit en être conscient.

Mais dans sa gracieuse générosité, N. Sarkozy souhaite nous « créer un Musée de l’Histoire de France que tous les enfants des écoles iront visiter ». Il y a donc une, et une seule Histoire de France qui sera privilégiée, dans un seul endroit, alors que c’est la diversité, les innombrables lieux de mémoire qui font l’histoire de notre pays . Qui décidera de son contenu?

Quelques jours auparavant, le président affirmait se trouver à Berlin le 9 novembre 1989 lors de la chute du mur, une présence qui fait débat, et qui semble peu probable à la vue des arguments donnés en catastrophe par les proches de N.Sarkozy. Démonstration d’une volonté clairement affichée de modifier l’histoire pour son propre compte? Bel exemple en tout cas et qui nous donne envie de croire en sa sincérité historique.

Autre point fort et argument selon lui incontournable de l’histoire de France, et de l’identité nationale, le travail.

« … j’ai souhaité que 95% des Français puissent transmettre désormais à leurs enfants le fruit de leur travail sans droit de succession. J’ai supprimé les droits de succession parce que je crois au travail et parce que je crois à la famille. »

Travail, famille. C’est dit.

Cherchez plus haut dans l’article et vous retrouverez le troisième volet de cette « magnifique » devise. Tout le monde aura compris l’allusion historique, je ne vous ferais pas l’affront de la citer.

L’histoire a toujours été utilisée en politique pour expliquer des décisions, ou revenir sur des faits. Mais quand le pouvoir en place se l’approprie, l’utilise à sa sauce aigre douce, et souhaite la faire connaître de tous pour raffermir le sentiment d’union nationale, je doute qu’ il en sorte des éléments positifs dans un avenir proche. C’est aux historiens et aux professeurs d’analyser le passé, de l’apprendre aux jeunes sans rentrer dans l’histoire officielle qui est déjà bien trop présente dans nos livres d’école à grand coup de Guy Moquet.

Certains vont-ils d’ailleurs faire entendre leurs positions quand à cette question du pouvoir reprenant l’histoire à son propre compte?

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One Response to Le pouvoir fait-il l’histoire ?

  1. b.mode dit :

    Notre ami veut à tout prix rentrer dans l’histoire… même par un trou de souris…

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