Le journalisme, une discipline à remettre en question ?

10/04/2010

Approchez jeunes gens, c’est la semaine du journalisme!

Et bien, en faites, non. Mais nous aurions facilement pu nous laisser tenter par cette idée tellement l’actualité s’aligne autour des professionnels de l’information.

Heureusement qu’il y a aussi l’autre information de très grande qualité, la fameuse rumeur sur le couple présidentiel, sans aucun doute montée de toute pièce par l’Elysée pour détourner l’attention de la grogne de la droite. Mais revenons à nous moutons. À vous et moi quoi.

Cette semaine, dans la presse écrite, à la télévision sur Canal + , sur France 3, les émissions n’ont que le mot « journaliste » à la bouche. Chacun s’interroge sur la nécessité, ou non, de dénoncer les sources des journalistes en cas de crime grave, du type de ceux rencontrés par les journalistes de l’émission « les Infiltrés ». Pour ceux qui n’auraient pas suivi, après une enquête d’un an et plusieurs rencontres avec des pédophiles notoires, les journalistes de l’émission ont dénoncé ces derniers aux services de polices. La question de la crédibilité des journalistes est donc, par la même occasion, remise en question. Comment obtenir des informations sur des sujets à la limite de la légalité si le journaliste est perçu comme une « balance »? Cette vision est déjà pas mal répandue parmi les français, parfois à juste titre. Ou se trouve donc la frontière, entre les devoirs du citoyen et ceux du journaliste? Vaste débat.

Et puis il y a « l’affaire du siècle », le buzz autour de la vidéo d’un Jean-Luc Mélenchon, insultant, visiblement enervé et critiquant ouvertement les médias dans leur ensemble. Il s’estime piégé par un étudiant en journalisme l’interrogeant, visiblement sans trop de préparation, sur le sujet d’une possible réouverture des maisons closes au lendemain de le victoire de la gauche aux élections régionales. Voyons, abordez un tel sujet alors que l’heure est à la célébration d’une gauche uni sur le papier. Que c’est mesquin. Oui mais voilà, le monde ne s’arrête pas de tourner. L’information n’est pas unique et centrée sur un événement bien que majeur. Cet étudiant au « métier pourri » selon Mélenchon, était tout à fait dans son droit de poser cette question. Même si, je vous l’accorde, ça sent le jeune opportuniste qui attrape un sujet à la volée en fonction des explications de Mélenchon.

Lui qui annonçait le 31 mars sur Libération qu’il ne se laisserait «plus jamais» «approcher par un étudiant en journalisme, ni un journaliste stagiaire», s’expliquait pourtant ce matin devant une assemblée d’apprenti-sorcier au CFJ .(Centre de formation des journalistes).

Vif retournement de situation. Il est ainsi venu expliquer aux journalistes comment faire leur métier, en les encourageant à ne pas trop taquiner les politiques. Comme si ces derniers n’étaient pas déjà choyés voir même protégés par l’autocensure de la majorité des journalistes de grands groupes. Allez savoir pourquoi …

Enfin je constate également que la blogosphère se couvrent de billets aux opinions des plus diverses au sujet du rôles des journalistes.

De celui qui pourra le mieux cracher sur la profession à celui qui tente une explication hasardeuse sur le malaise ambiant du métier, je leur conseillerais de lire un livre qui date un peu certes puisqu’il a été édité une première fois en 1999, mais qui résume encore assez bien les problématiques actuelles du monde médiatique. L’ouvrage rédigé par Ignacio Ramonet s’intitule La tyrannie de la communication. La télévision en prend pour son grade, à l’image des chapitres la qualifiant d’« excrément télégénique » et de « télévision nécrophile » qui devrait en réjouir certains.

Mais je souhaite davantage vous parler des chapitres concernant le journalisme. Selon l’auteur, les journalistes sont appelés à disparaître, pour la simple et bonne raison que le système pourrait fonctionner sans eux. Il explique en effet que la majorité des journalistes en sont réduit à être des « retoucheurs de dépêche d’agence ». Quelle entreprise, quel organisme, ou quel parti politique n’a pas de service de communication chargé de gaver les journalistes de communiqués de presse qu’ils devront régurgiter délicatement aux lecteurs? L’objectivité du journaliste est-elle encore possible dans un monde ou son travail est prémaché? Une chose est sûre, l’instantanéité de l’information prévaut sur l’analyse, portant à remettre en cause la véracité des faits énoncés.

Une cinquantaine de pages au total sont consacrées à ce qu’ « être journaliste aujourd’hui » signifie pour Ignacio Ramonet. Une dizaine d’années après la parution de l’ouvrage, et avec la semaine que nous venons de passer, la question est encore loin d’être réglée. Nous sommes néanmoins amenés à suivre quelques pistes qui expliqueraient certaines pratiques encourageant le malaise d’une profession en proie à de profonds changements depuis 30 ans.