Têtes de turcs

01/06/2010

Le 28 mai dernier, la Fifa ( Fédération internationale de football ) annonçait la tenue du championnat d’Europe de football de 2016 en France, après un vote à 7 voix contre 6 en défaveur de la Turquie. Grosse déception, aussi bien sportive que politique, la Turquie comptant sur l’organisation de cet événement pour légitimer davantage son désir d’entrer dans l’Union Européenne. La rencontre entre Nicolas Sarkozy et le président de la Fifa, Michel Platini, aurait fortement pesée dans la balance et fait basculer les votes en faveur de la France pour l’organisation de la compétition.

Notons au passage que le déplacement du président français n’est pas dépourvu de toute pensée politique. Selon lui, «le sport, c’est une réponse à la crise ! ». Pour ne pas dire la seule, l’unique qu’il ait trouvé pour détourner les objectifs des caméras sur un sujet autre que les retraites et le chômage dans lequel il est englué, tel un canard du golfe du Mexique. N’ayez crainte, l’écran de fumée est en place. Il devrait permettre de calmer les ardeurs jusqu’au 12 juin, date ou les jeux du cirque débuteront pour le plus grand plaisir des banquiers et autres politiciens empêtrés dans une crise financière qui les dépassent. Mais revenons à nos chers voisins turcs qui devront se contenter de participer au championnat d’Europe. Ce matin du 31 mai, un commando de l’armée israélienne abordent dans les eaux internationales, six navires affrétés par des ONG pro-palestiniennes et plus officieusement par le gouvernement turc, faisant route vers la bande de Gaza afin de distribuer de l’aide humanitaire. Rappelons que la bande de Gaza est soumise à un embargo strict, décrété par l’état Hébreu depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007.

Majoritairement turcs selon les premières informations, les passagers de l’un des navires auraient repoussés les soldats et entamés les hostilités en les frappant à coups de barres de fer et de chaises selon les communiqués du gouvernement israélien. Le bilan provisoire fait état de 10 à 19 morts parmi les passagers. Israël, par l’intermédiaire de son ambassadeur en France, Daniel Shek, se défend de toute agression, repoussant la faute sur les passagers qui aurait « prémédités une attaque », monté de toutes pièces par le Hamas, la tête de turc officielle d’Israël. Il est certain que des barres de fer et des chaises face à des commandos d’élites de l’armée israélienne armés jusqu’aux dents, sont des signes évidents d’une attaque en règle et mûrement réfléchie. Un acte terroriste des plus inquiétants. A quand l’ajout des chaises sur la liste des armes de destruction massive?

Après cet incident diplomatique, Israël s’isole davantage du reste du monde qui critique ouvertement ce type d’action. Signe d’une tension palpable, l’ambassadeur de la Turquie en Israël a été rappelé à Ankara. La France, par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, ainsi que de nombreux pays dénoncent des agissements meurtriers et semblent soutenir des sanctions envers l’état hébreu. Sanctions qui, si elles venaient à être officiellement annoncées par l’ONU et le conseil de sécurité seraient une première envers cet état, Israël ayant toujours réussi à passer outre, malgré des actions musclées à répétition. Le premier ministre israélien qui devait rencontrer Barack Obama, ce premier juin est rentré d’urgence en Israël.

Pour analyser et expliquer la situation actuelle, tout en revenant sur les détails de l’attaque des navires, j’ai été surpris de constater que l’intervenant principal opposé à l’ambassadeur israélien dans les émissions comme Le Grand Journal de Canal+ et Mots-Croisés de France2 n’était pas un membre du gouvernement, mais la tête de turc de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin.

Les chargés de communication de l’Élysée auraient-ils été trop lent dans cette affaire? Ou n’y a-t’il tout simplement personne de qualifié dans l’entourage présidentiel pour sembler crédible sur cette question devant les caméras de télévision? Chacun doit avoir sa petite idée. Quoi qu’il en soit, c’est le retour de l’ex-premier ministre dans les médias, sur un sujet qu’il semble maîtriser, doublant dans la guerre des images la droite sarkozyste.

Quelles vont être les répercussions au niveau mondial de cet incident, alors que les discussions entourant le processus de paix qui paraissait sur la bonne voie, sont de nouveau enterrées?

La tête des turcs ne laisse rien présager de bon pour les jours à venir, alors que les têtes de turcs  quant à elles semblent plutôt bien tirer leur épingle du jeu.

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