La Révolution du Diable Rouge

09/12/2010

Hou ha !

Voilà, on a enfin dépassé ce jour terrible ou le système bancaire aurait pu s’effondrer à cause de l’irresponsabilité d’un idiot de footeux retraité… Nous pouvons dès à présent tous pousser un grand « ouf » de soulagement car ce terroriste de la finance à bien failli provoquer la fin du monde tel qu’on le connaît.

Mais alors, à quoi bon encore parler de tout ça ?

Quelques raisons :

Tout d’abord, du côté des journalistes, le professionnalisme, et la précision  ont souvent fait défaut au profit du sensationnalisme de rigueur ces dernières années. Ainsi, chaque jour, on nous annonçait le nombre grandissant d’internautes adhérant au groupe Facebook relatif à l’événement, comme pour accompagner ce sinistre compte à rebours. Peut-être que cette nouvelle habitude de récupérer des données sur les réseaux sociaux pour les transformer en information est critiquable, mais il ne se passe pas un jour sans qu’un drame dans le monde ne soit annoncé sur Internet avant même de se dérouler.

Il faut donc comprendre les chasseurs de scoop qui ne peuvent se permettre de passer à côté de la moindre information, aussi bête soit-elle… et ce, quitte à parfois être plus qu’approximatif, allant jusqu’à nommer notre affaire « l’appel de Cantona à retirer notre argent des banques le 7 décembre ». Bien sûr, les plus attentifs d’entre nous auront remarqué en visionnant la vidéo à l’origine de ce « buzz médiatique », que l’ex-footballeur au mauvais caractère n’a fait que suggérer cette idée, comme possibilité de lutte sociale moderne, sans jamais appeler à l’action ni mentionner de date. Informations majoritairement oubliées.

Le BIC tremble

Pour autant, tout l’emballement autour de cette déclaration de guerre au système bancaire a tout de même provoqué des remous jusqu’au sommet de l’état et des banques. Des mots peu élogieux à l’égard de notre Canto préféré ont été lâchés en pagaille. Mais alors, cela signifierait-il qu’il avait raison ?

S’il suffit de suggérer aux français qu’il est possible de faire s’écrouler le système en retirant son argent pour se faire qualifier d’irresponsable, et de dangereux, cela signifie certainement que le point sensible a été touché. Donc, ceux-là même qui réagissent de cette manière pour décrédibiliser ces propos, ne leurs donnent que plus de sens. On peut donc s’interroger sur la stabilité du système bancaire, si l’on ne l’a pas déjà fait récemment, au moment ou d’autres dangereux irresponsables le regardaient s’écrouler de l’intérieur en faisant joujou à perdre notre argent.

Dernier high kick

Plus d’une semaine de mobilisation des médias pour qu’à la fin, il ne se passe rien. C’est un peu dommage. Pourtant, il ne faudra pas attendre de la part des titulaires de cartes de presse, la moindre excuse quant à la prise au sérieux de cette histoire. Ce n’est pas le genre de la maison. Même si ils pourraient au moins en tirer une expérience intéressante.

En effet, l’adhésion à une idée d’un groupe de personnes (sur Facebook ou ailleurs) ne signifie pas pour autant qu’ils sont prêts à lutter pour elle. Constater que ce que les journalistes trouvent au hasard de leurs pérégrinations sur les réseaux sociaux n’est en général que du vent, pourrait bien en faire tourner de l’œil certains. Par exemple, sur les quelques « amis » de votre serviteur, bon nombre ont, et à plusieurs reprises, insulté, rejoint des groupes contre, voire appelé au massacre des grévistes dont la lutte avait un impact sur leur quotidien. Pourtant, aucun drame, pas de sang.  Et rien à ce propos dans les médias. Quels regrets.

Il faut croire que, soit la presse sait faire la part des choses de temps à autres, soit nous n’avons pas les mêmes amis. Espérons un peu des deux.

MàJ : Le Parisien de ce matin titre encore « L’appel de Cantona fait pschitt »… non, vraiment … ils persistent.