A qui le tour ?

25/02/2011

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La Révolution du Diable Rouge

09/12/2010

Hou ha !

Voilà, on a enfin dépassé ce jour terrible ou le système bancaire aurait pu s’effondrer à cause de l’irresponsabilité d’un idiot de footeux retraité… Nous pouvons dès à présent tous pousser un grand « ouf » de soulagement car ce terroriste de la finance à bien failli provoquer la fin du monde tel qu’on le connaît.

Mais alors, à quoi bon encore parler de tout ça ?

Quelques raisons :

Tout d’abord, du côté des journalistes, le professionnalisme, et la précision  ont souvent fait défaut au profit du sensationnalisme de rigueur ces dernières années. Ainsi, chaque jour, on nous annonçait le nombre grandissant d’internautes adhérant au groupe Facebook relatif à l’événement, comme pour accompagner ce sinistre compte à rebours. Peut-être que cette nouvelle habitude de récupérer des données sur les réseaux sociaux pour les transformer en information est critiquable, mais il ne se passe pas un jour sans qu’un drame dans le monde ne soit annoncé sur Internet avant même de se dérouler.

Il faut donc comprendre les chasseurs de scoop qui ne peuvent se permettre de passer à côté de la moindre information, aussi bête soit-elle… et ce, quitte à parfois être plus qu’approximatif, allant jusqu’à nommer notre affaire « l’appel de Cantona à retirer notre argent des banques le 7 décembre ». Bien sûr, les plus attentifs d’entre nous auront remarqué en visionnant la vidéo à l’origine de ce « buzz médiatique », que l’ex-footballeur au mauvais caractère n’a fait que suggérer cette idée, comme possibilité de lutte sociale moderne, sans jamais appeler à l’action ni mentionner de date. Informations majoritairement oubliées.

Le BIC tremble

Pour autant, tout l’emballement autour de cette déclaration de guerre au système bancaire a tout de même provoqué des remous jusqu’au sommet de l’état et des banques. Des mots peu élogieux à l’égard de notre Canto préféré ont été lâchés en pagaille. Mais alors, cela signifierait-il qu’il avait raison ?

S’il suffit de suggérer aux français qu’il est possible de faire s’écrouler le système en retirant son argent pour se faire qualifier d’irresponsable, et de dangereux, cela signifie certainement que le point sensible a été touché. Donc, ceux-là même qui réagissent de cette manière pour décrédibiliser ces propos, ne leurs donnent que plus de sens. On peut donc s’interroger sur la stabilité du système bancaire, si l’on ne l’a pas déjà fait récemment, au moment ou d’autres dangereux irresponsables le regardaient s’écrouler de l’intérieur en faisant joujou à perdre notre argent.

Dernier high kick

Plus d’une semaine de mobilisation des médias pour qu’à la fin, il ne se passe rien. C’est un peu dommage. Pourtant, il ne faudra pas attendre de la part des titulaires de cartes de presse, la moindre excuse quant à la prise au sérieux de cette histoire. Ce n’est pas le genre de la maison. Même si ils pourraient au moins en tirer une expérience intéressante.

En effet, l’adhésion à une idée d’un groupe de personnes (sur Facebook ou ailleurs) ne signifie pas pour autant qu’ils sont prêts à lutter pour elle. Constater que ce que les journalistes trouvent au hasard de leurs pérégrinations sur les réseaux sociaux n’est en général que du vent, pourrait bien en faire tourner de l’œil certains. Par exemple, sur les quelques « amis » de votre serviteur, bon nombre ont, et à plusieurs reprises, insulté, rejoint des groupes contre, voire appelé au massacre des grévistes dont la lutte avait un impact sur leur quotidien. Pourtant, aucun drame, pas de sang.  Et rien à ce propos dans les médias. Quels regrets.

Il faut croire que, soit la presse sait faire la part des choses de temps à autres, soit nous n’avons pas les mêmes amis. Espérons un peu des deux.

MàJ : Le Parisien de ce matin titre encore « L’appel de Cantona fait pschitt »… non, vraiment … ils persistent.


Les oubliées, ces informations de secondes zones.

18/09/2010

Une semaine qui s’annonçait chaude sur le plan social a finalement permis au gouvernement de faire adopter, discrètement, un certain nombre de mesures « sensibles » pour l’opinion.

Que restera-t-il dans les esprits et dans la mémoire collective de cette semaine chargée de septembre 2010 ?

Réforme des retraites.

Mesure phare du gouvernement, et qui concernera l’ensemble des Français, la fameuse réforme des retraites. Votée par l’Assemblée nationale à la suite d’un débat houleux et musclé, l’âge de la retraite est désormais repoussé de 60 à 62 ans. Ainsi, de belles images inhabituelles de nos députés nous ont été offertes par les chaînes de télévision. Hurlements, slogans et autres insultes ont remplacé la sieste désormais célèbre d’André Santini et sans doute réveillé nos aînés qui en faisaient tout autant. Presque de quoi s’amuser en voyant ce spectacle déconcertant, comparable à un chenil de caniches en manque d’affection, aboyant sans cesse sur un adversaire qu’ils ne pourront, ni même n’oseront jamais mordre.

Expulsions des Roms.

Autre élément majeur, la politique d’expulsion des Roms du gouvernement, commence à faire des remous à l’échelle internationale. L’opposition nationale, résignée par 3 années de politiques sécuritaire et populiste, sur fonds de racisme ambiant à l’image du ministre de l’intérieur, ne relève même plus les atteintes aux droits et libertés fondamentales qui ont construit notre pays. Cette semaine, c’est l’Union Européenne qui hausse le ton et ose défier le seigneur de l’Elysée. La commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding, condamne fermement la politique française d’expulsions massives de Roms et demande des poursuites devant la justice européenne. Pour calmer ensuite un résident de la République colérique et arrogant lors de la réunion des chefs d’Etats des membres de l’UE, cette même Viviane Reding expliquera que la France ne serait pas la seule fautive et que les sanctions concerneront plusieurs pays. Le courage politique ne dure qu’un temps.

Les discrètes.

Mais d’autres réformes, plus discrètes ont également été votées dans l’indifférence presque générale.

La loi visant à lutter contre l’absentéisme scolaire par la suppression des allocations familiales des parents dont l’un des enfants serait absent de l’école, sans justification, pendant 4 demi-journées par mois, a été adoptée par le Sénat alors que la réforme des retraites était en débat à l’Assemblée nationale.

La veille, le Sénat approuvait le projet de loi destiné à interdire le port du voile intégral dans l’espace public, incluant donc les rues, et lieux publics. Pourquoi ne pas avoir directement simplifiée la loi en mentionnant l’autorisation du port du voile intégral uniquement dans les domiciles des personnes concernées, ironie de la chose, seul endroits ou généralement elles en sont libérées? D’une loi polémique il y a quelques mois, il n’en ressort presque aucune déclaration politique au lendemain de son adoption.

Aujourd’hui, Médiapart.fr nous indique que « La commission des lois de l’Assemblée vient d’adopter un amendement mettant à mal le droit au séjour des étrangers gravement malades. Des personnes atteintes de cancer ou du sida risquent de perdre leurs papiers, voire d’être expulsées. »

Ce simple aperçu de quelques oubliées de la semaine, ces lois qui nous font toutes et tous rêver à des lendemains paisibles et fraternels, redore sans nul doute l’image de la France à l’étranger …


Têtes de turcs

01/06/2010

Le 28 mai dernier, la Fifa ( Fédération internationale de football ) annonçait la tenue du championnat d’Europe de football de 2016 en France, après un vote à 7 voix contre 6 en défaveur de la Turquie. Grosse déception, aussi bien sportive que politique, la Turquie comptant sur l’organisation de cet événement pour légitimer davantage son désir d’entrer dans l’Union Européenne. La rencontre entre Nicolas Sarkozy et le président de la Fifa, Michel Platini, aurait fortement pesée dans la balance et fait basculer les votes en faveur de la France pour l’organisation de la compétition.

Notons au passage que le déplacement du président français n’est pas dépourvu de toute pensée politique. Selon lui, «le sport, c’est une réponse à la crise ! ». Pour ne pas dire la seule, l’unique qu’il ait trouvé pour détourner les objectifs des caméras sur un sujet autre que les retraites et le chômage dans lequel il est englué, tel un canard du golfe du Mexique. N’ayez crainte, l’écran de fumée est en place. Il devrait permettre de calmer les ardeurs jusqu’au 12 juin, date ou les jeux du cirque débuteront pour le plus grand plaisir des banquiers et autres politiciens empêtrés dans une crise financière qui les dépassent. Mais revenons à nos chers voisins turcs qui devront se contenter de participer au championnat d’Europe. Ce matin du 31 mai, un commando de l’armée israélienne abordent dans les eaux internationales, six navires affrétés par des ONG pro-palestiniennes et plus officieusement par le gouvernement turc, faisant route vers la bande de Gaza afin de distribuer de l’aide humanitaire. Rappelons que la bande de Gaza est soumise à un embargo strict, décrété par l’état Hébreu depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007.

Majoritairement turcs selon les premières informations, les passagers de l’un des navires auraient repoussés les soldats et entamés les hostilités en les frappant à coups de barres de fer et de chaises selon les communiqués du gouvernement israélien. Le bilan provisoire fait état de 10 à 19 morts parmi les passagers. Israël, par l’intermédiaire de son ambassadeur en France, Daniel Shek, se défend de toute agression, repoussant la faute sur les passagers qui aurait « prémédités une attaque », monté de toutes pièces par le Hamas, la tête de turc officielle d’Israël. Il est certain que des barres de fer et des chaises face à des commandos d’élites de l’armée israélienne armés jusqu’aux dents, sont des signes évidents d’une attaque en règle et mûrement réfléchie. Un acte terroriste des plus inquiétants. A quand l’ajout des chaises sur la liste des armes de destruction massive?

Après cet incident diplomatique, Israël s’isole davantage du reste du monde qui critique ouvertement ce type d’action. Signe d’une tension palpable, l’ambassadeur de la Turquie en Israël a été rappelé à Ankara. La France, par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, ainsi que de nombreux pays dénoncent des agissements meurtriers et semblent soutenir des sanctions envers l’état hébreu. Sanctions qui, si elles venaient à être officiellement annoncées par l’ONU et le conseil de sécurité seraient une première envers cet état, Israël ayant toujours réussi à passer outre, malgré des actions musclées à répétition. Le premier ministre israélien qui devait rencontrer Barack Obama, ce premier juin est rentré d’urgence en Israël.

Pour analyser et expliquer la situation actuelle, tout en revenant sur les détails de l’attaque des navires, j’ai été surpris de constater que l’intervenant principal opposé à l’ambassadeur israélien dans les émissions comme Le Grand Journal de Canal+ et Mots-Croisés de France2 n’était pas un membre du gouvernement, mais la tête de turc de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin.

Les chargés de communication de l’Élysée auraient-ils été trop lent dans cette affaire? Ou n’y a-t’il tout simplement personne de qualifié dans l’entourage présidentiel pour sembler crédible sur cette question devant les caméras de télévision? Chacun doit avoir sa petite idée. Quoi qu’il en soit, c’est le retour de l’ex-premier ministre dans les médias, sur un sujet qu’il semble maîtriser, doublant dans la guerre des images la droite sarkozyste.

Quelles vont être les répercussions au niveau mondial de cet incident, alors que les discussions entourant le processus de paix qui paraissait sur la bonne voie, sont de nouveau enterrées?

La tête des turcs ne laisse rien présager de bon pour les jours à venir, alors que les têtes de turcs  quant à elles semblent plutôt bien tirer leur épingle du jeu.


Le journalisme, une discipline à remettre en question ?

10/04/2010

Approchez jeunes gens, c’est la semaine du journalisme!

Et bien, en faites, non. Mais nous aurions facilement pu nous laisser tenter par cette idée tellement l’actualité s’aligne autour des professionnels de l’information.

Heureusement qu’il y a aussi l’autre information de très grande qualité, la fameuse rumeur sur le couple présidentiel, sans aucun doute montée de toute pièce par l’Elysée pour détourner l’attention de la grogne de la droite. Mais revenons à nous moutons. À vous et moi quoi.

Cette semaine, dans la presse écrite, à la télévision sur Canal + , sur France 3, les émissions n’ont que le mot « journaliste » à la bouche. Chacun s’interroge sur la nécessité, ou non, de dénoncer les sources des journalistes en cas de crime grave, du type de ceux rencontrés par les journalistes de l’émission « les Infiltrés ». Pour ceux qui n’auraient pas suivi, après une enquête d’un an et plusieurs rencontres avec des pédophiles notoires, les journalistes de l’émission ont dénoncé ces derniers aux services de polices. La question de la crédibilité des journalistes est donc, par la même occasion, remise en question. Comment obtenir des informations sur des sujets à la limite de la légalité si le journaliste est perçu comme une « balance »? Cette vision est déjà pas mal répandue parmi les français, parfois à juste titre. Ou se trouve donc la frontière, entre les devoirs du citoyen et ceux du journaliste? Vaste débat.

Et puis il y a « l’affaire du siècle », le buzz autour de la vidéo d’un Jean-Luc Mélenchon, insultant, visiblement enervé et critiquant ouvertement les médias dans leur ensemble. Il s’estime piégé par un étudiant en journalisme l’interrogeant, visiblement sans trop de préparation, sur le sujet d’une possible réouverture des maisons closes au lendemain de le victoire de la gauche aux élections régionales. Voyons, abordez un tel sujet alors que l’heure est à la célébration d’une gauche uni sur le papier. Que c’est mesquin. Oui mais voilà, le monde ne s’arrête pas de tourner. L’information n’est pas unique et centrée sur un événement bien que majeur. Cet étudiant au « métier pourri » selon Mélenchon, était tout à fait dans son droit de poser cette question. Même si, je vous l’accorde, ça sent le jeune opportuniste qui attrape un sujet à la volée en fonction des explications de Mélenchon.

Lui qui annonçait le 31 mars sur Libération qu’il ne se laisserait «plus jamais» «approcher par un étudiant en journalisme, ni un journaliste stagiaire», s’expliquait pourtant ce matin devant une assemblée d’apprenti-sorcier au CFJ .(Centre de formation des journalistes).

Vif retournement de situation. Il est ainsi venu expliquer aux journalistes comment faire leur métier, en les encourageant à ne pas trop taquiner les politiques. Comme si ces derniers n’étaient pas déjà choyés voir même protégés par l’autocensure de la majorité des journalistes de grands groupes. Allez savoir pourquoi …

Enfin je constate également que la blogosphère se couvrent de billets aux opinions des plus diverses au sujet du rôles des journalistes.

De celui qui pourra le mieux cracher sur la profession à celui qui tente une explication hasardeuse sur le malaise ambiant du métier, je leur conseillerais de lire un livre qui date un peu certes puisqu’il a été édité une première fois en 1999, mais qui résume encore assez bien les problématiques actuelles du monde médiatique. L’ouvrage rédigé par Ignacio Ramonet s’intitule La tyrannie de la communication. La télévision en prend pour son grade, à l’image des chapitres la qualifiant d’« excrément télégénique » et de « télévision nécrophile » qui devrait en réjouir certains.

Mais je souhaite davantage vous parler des chapitres concernant le journalisme. Selon l’auteur, les journalistes sont appelés à disparaître, pour la simple et bonne raison que le système pourrait fonctionner sans eux. Il explique en effet que la majorité des journalistes en sont réduit à être des « retoucheurs de dépêche d’agence ». Quelle entreprise, quel organisme, ou quel parti politique n’a pas de service de communication chargé de gaver les journalistes de communiqués de presse qu’ils devront régurgiter délicatement aux lecteurs? L’objectivité du journaliste est-elle encore possible dans un monde ou son travail est prémaché? Une chose est sûre, l’instantanéité de l’information prévaut sur l’analyse, portant à remettre en cause la véracité des faits énoncés.

Une cinquantaine de pages au total sont consacrées à ce qu’ « être journaliste aujourd’hui » signifie pour Ignacio Ramonet. Une dizaine d’années après la parution de l’ouvrage, et avec la semaine que nous venons de passer, la question est encore loin d’être réglée. Nous sommes néanmoins amenés à suivre quelques pistes qui expliqueraient certaines pratiques encourageant le malaise d’une profession en proie à de profonds changements depuis 30 ans.


Moralisation du capitalisme qu’il disait …

25/02/2010

Vu sur Liberation.fr ce jeudi 25 février 2010

Non vous ne rêvez pas.

Liberation.fr nous signale ces deux informations visibles sur leur site en milieu d’après-midi ce jeudi 25 février et nous propose deux articles à la suite, non liés officiellement, mais certainement pas disposés ainsi sans arrière pensée.

D’un côté, nous apprenons donc que les 4000 traders de BNP Paribas se partageront, seulement, la moitié du milliard d’euros prévu à leur effet et que les 400 opérateurs de marché du crédit agricole devront se diviser une somme de 49 millions d’euros. Ces informations concernent seulement quelques banques.

De l’autre, « sur un million de personnes qui devraient arriver en fin de droits » en 2010 , entre 300 000 et 400 000 seraient admissibles à une aide du gouvernement,selon le secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez. Les discussions sont en cours, mais ce dernier souhaite ainsi débloquer plusieurs centaines de millions d’euros. Le montant exact ainsi que le nombre de bénéficiaires n’étant pas encore véritablement déterminés officiellement.

Alors que 600 000 personnes n’auront droit à rien, un petit groupe de quelques milliers d’individu se partagera des milliards d’euros. Les autres ramasseront les miettes.

Moralisation du capitalisme qu’il disait …


LOPPSI II : le pire est (encore) de retour !

09/02/2010

Communiqué co-signé du syndicat des avocats de France ainsi que du syndicat de la magistrature.

LOPPSI II : le pire est (encore) de retour !

« A force de réfléchir avant de légiférer, on reste immobile. »
Frédéric Lefebvre, humoriste

Le projet de « loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure »  (dite LOPPSI II, en référence à la « loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure » du 29 août 2002) sera débattu demain à l’Assemblée nationale.

Ce texte – déposé en mai 2009 et sur lequel vient de s’abattre, à l’approche des élections régionales, un déluge d’amendements destinés à le durcir tous azimuts – offre un condensé de l’idéologie primaire et dangereuse qui gouverne depuis plusieurs années le traitement des questions de « sécurité ».

En fait de « performance », ses promoteurs ont renouvelé l’exploit de concilier l’inutile et l’inacceptable, au nom d’un projet de société où l’absurde le dispute à la paranoïa.

Ainsi, dans le Brazil qui se dessine, les caméras envahiront les rues et la justice sera rendue à distance, derrière un écran d’ordinateur.

Le projet de loi prévoit en effet de permettre à toutes les entreprises privées d’implanter « sur la voie publique » des systèmes de vidéosurveillance (« vidéoprotection » dans la novlangue) « aux abords de leurs bâtiments et installations ». De leur côté, les préfets pourront autoriser la mise en place de tels dispositifs en cas de « manifestation ou rassemblement de grande ampleur » présentant un « risque » pour l’ordre public.

L’objectif est clair : généraliser l’espionnage des espaces publics, au nom d’une « efficacité » d’autant plus hypothétique que le fameux « exemple anglais » s’apparente à un « véritable fiasco » selon l’expression d’un responsable de Scotland Yard…

Évacuant les justiciables des palais de justice, le projet prévoit de systématiser le recours à la « visioconférence », notamment pour réduire le nombre des « extractions » de détenus et d’étrangers en rétention administrative perçues par la police comme des « charges indues ». La Chancellerie avait déjà diffusé une circulaire en ce sens le 5 février 2009, au demeurant illégale. À la demande d’Eric Ciotti, particulièrement sensible aux sirènes de la place Beauvau, c’est donc l’avènement d’une justice virtuelle, délocalisée et déshumanisée qui s’annonce.

L’obsession du fichage policier imprègne également ce projet. Non contente de reconduire les dispositifs actuels – pourtant détournés de leurs objectifs initiaux, truffés d’erreurs, incontrôlables et, de fait, incontrôlés – la majorité UMP s’apprête à les interconnecter et à les étendre. Les données relatives à un suspect innocenté ne seront pas systématiquement effacées : seront donc maintenues dans les fichiers dits  « d’antécédents » des personnes qui, en réalité, n’en ont pas !

Dans ce énième fourre-tout législatif, on trouve aussi :

– un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans, qui ne manquera pas d’engendrer des contrôles d’identité abusifs ;

– un nouveau  « contrat de responsabilité parentale » renforçant la pénalisation des familles en difficulté (amende de 450 euros en cas de violation du couvre-feu et possible suspension des prestations sociales en cas de refus de contracter) ;

– l’inquiétante ébauche d’un traitement administratif des mineurs délinquants par la transmission systématique de toutes les décisions judiciaires les concernant au préfet et au président du conseil général ;

– un filtrage policier des sites internet, aussi inefficace que lourd de menaces ;

– la réintroduction de peines automatiques en matière routière ;

– une augmentation des pouvoirs de la police municipale et la création d’une milice policière baptisée « réserve civile »…

Le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France appellent les parlementaires et tous les citoyens soucieux du respect des équilibres démocratiques à s’opposer fermement à ce nouveau projet liberticide qui poursuit en réalité d’autres objectifs que la lutte contre la délinquance et nous prépare une société de contrôle.

Il est urgent de sortir du cauchemar sécuritaire qui détruit progressivement notre Etat de droit !

Paris le 8/2/2010

Source : site du syndicat des avocats de France, www.lesaf.org

Un grand merci à gauchedecombat pour l’information.